Erasmus+ : deux millions de parcours, une France plus ouverte que jamais
C’est une étape symbolique et révélatrice ! Deux millions de mobilités Erasmus+ ont été réalisées depuis la France depuis 1987, dont un million au cours des dix dernières années seulement. Ce chiffre, annoncé le 19 juin 2025 par l’Agence Erasmus+ France lors de sa conférence de presse annuelle en gare de Lyon, marque un tournant dans l’ouverture internationale des établissements français.
Un cap franchi, mais aussi un miroir tendu à la société. Celui d’une jeunesse plus mobile, d’un enseignement plus connecté à l’Europe, et d’un projet politique qui transcende les frontières. Décryptage avec Denis Bouclon !
Une accélération sans précédent depuis 2014
Avec la création du programme intégré Erasmus+ en 2014, réunissant les anciennes initiatives européennes en matière d’éducation, de formation, de jeunesse et de sport, la France a connu une véritable montée en puissance. Le nombre de mobilités a doublé en dix ans, dépassant celui enregistré lors des vingt-sept années précédentes. Ce changement d’échelle ne doit rien au hasard ; il s’accompagne d’un soutien budgétaire renforcé, mais aussi d’une politique volontariste, tournée vers l’inclusion, la professionnalisation et l’innovation.
Aujourd’hui, la France reste le premier pays d’envoi d’étudiants et de stagiaires Erasmus+ en Europe. Un leadership qu’elle assume dans un contexte où la formation, l’employabilité et les coopérations transfrontalières deviennent des priorités structurelles.
Des profils en mutation
La deux-millionième bénéficiaire du programme incarne cette nouvelle génération Erasmus+ : Estelle, étudiante en BTS Commerce international à Bordeaux, a effectué un stage de deux mois en Espagne. Un exemple représentatif du profil dominant : 87 % des bénéficiaires sont des apprenants, dont une majorité de femmes (57 %) et près d’un sur deux est inscrit dans l’enseignement supérieur.
Les durées de mobilité ont évolué, elles aussi. Fini le semestre de six mois réservé aux seuls universitaires. Place aux formats courts, professionnalisants, adaptés aux rythmes des formations techniques, des apprentissages ou de la reconversion. Ainsi, 38 % des mobilités concernent des stages, et la voie professionnelle – longtemps sous-représentée – devient une des priorités du programme.
La diversification des profils est au cœur de la stratégie actuelle, à savoir ouvrir Erasmus+ à toutes les jeunesses, sans filtre académique ni barrière sociale. Une ambition qui se traduit par une hausse du soutien à l’inclusion, tant sur le plan financier que logistique.
Une Europe plus verte, plus solidaire
Au-delà de l’expérience personnelle, Erasmus+ porte une vision collective. C’est un outil de diplomatie sociale, mais aussi un vecteur de transformation écologique. Entre 2021 et 2024, la part des mobilités réalisées en transport écoresponsable est passée de 15 % à 25 %. Une progression significative, soutenue par des incitations concrètes.
Les ambassadeurs Erasmus+, choisis chaque année pour incarner le programme, reflètent eux aussi cette évolution. Ils viennent de parcours variés, souvent éloignés des élites, et témoignent d’un engagement actif pour une Europe inclusive et durable. Dans un contexte où l’identité européenne est souvent mise à l’épreuve, ces trajectoires incarnent une forme d’adhésion concrète au projet commun. Loin des discours abstraits, Erasmus+ façonne une citoyenneté par le vécu, par le réseau et par l’action.
Vers un nouvel élan en 2025
Les premiers chiffres de l’appel à projets 2025 confirment la vitalité du programme. La demande de financements atteint 890 millions d’euros, en hausse de 9 % par rapport à 2024. Avec une enveloppe disponible de 433,6 millions, l’Agence Erasmus+ France pourra financer environ la moitié des projets, toutes filières confondues.
Mais derrière ces chiffres se joue déjà une autre bataille : celle du futur budget européen. Comme le souligne Denis Bouclon dans un article d’Actives Mag, la question du financement reste un enjeu majeur pour assurer une mobilité Erasmus+ plus accessible et équitable. Le programme 2028-2034 est en discussion entre la Commission et le Parlement. L’enjeu ? Consolider Erasmus+ comme un pilier stratégique de l’Union européenne. Car il ne s’agit plus seulement d’échanger entre étudiants, mais bien de bâtir l’Espace européen de l’éducation, de répondre à la montée des compétences et d’inscrire la jeunesse dans les grands chantiers à venir.
