L’agriculture française pourrait-elle être sauvée par le conseil en stratégie ?

L’hiver 2024 marque une période tumultueuse pour l’agriculture française, sans pour autant surprendre les analystes… Entre la flambée des prix de l’énergie, l’instabilité du climat et les répercussions des tensions commerciales internationales, les défis sont nombreux. Ces éléments ont mis en lumière des tensions de longue date au sein du secteur, où les agriculteurs ressentent un sentiment d’impuissance face à ces enjeux majeurs. Face à ce constat, les cabinets de conseil en stratégie s’interrogent sur leur capacité à apporter des solutions durables. Quelle est leur vision de la situation, et comment peuvent-ils contribuer efficacement à la résilience et à l’évolution du monde agricole français dans cette crise systémique ? La réponse avec Frédéric Bonan !

Le rôle clé des cabinets de conseil dans la crise agricole

Dans le contexte complexe de la crise agricole actuelle, le rapport de force et la répartition de la valeur au sein des filières agricoles sont plus que jamais sous les projecteurs. Face à cette réalité, les cabinets de conseil en stratégie, familiers des intrications et des chaînes de valeur, s’impliquent activement auprès des divers protagonistes de ce secteur. Kéa, par exemple, se distingue par son engagement auprès d’une vaste gamme d’acteurs, couvrant toute la chaîne, depuis les organisations agricoles jusqu’aux acteurs de la distribution et de la restauration, sans oublier l’écosystème financier entourant l’agriculture.

Nicolas Martin de Kéa souligne l’intérêt porté également aux fournisseurs de l’amont, comme l’agrochimie, et aux investisseurs. De son côté, CVA met en avant son expertise spécifique dans la transition agricole et alimentaire, œuvrant tant avec les entreprises qu’avec les investisseurs pour adresser les enjeux multidimensionnels de ce domaine. Cette diversité d’interventions met en lumière la polyvalence du conseil en stratégie au sein du monde agricole et agroalimentaire, un secteur marqué par une grande hétérogénéité. Christophe Burtin rappelle que derrière les statistiques se cache une réalité très diversifiée, allant de l’agriculteur aux grandes exploitations. Si les structures plus modestes, comme certaines PME de l’agroalimentaire ou les petites coopératives, ne font généralement pas appel au conseil en stratégie, l’influence de ces cabinets reste significative à tous les niveaux, contribuant aussi à représenter les intérêts des plus petites entités, comme en témoigne l’étude réalisée par Roland Berger pour l’ADEPALE.

Le double moteur de la transition agricole

En scrutant avec acuité les ressorts de la crise agricole, les experts en stratégie identifient deux forces majeures à l’œuvre… D’un côté, l’évolution des comportements des consommateurs, décrite par Philippe Cochard comme une transformation sociétale profonde, engendre une demande renouvelée pour l’agroalimentaire. Cette « transition alimentaire » du consommateur révolutionne ses habitudes d’achat, de consommation et même de partage social, poussant ainsi toute la filière à s’adapter.

De l’autre, l’impulsion réglementaire, citée par le même expert, instaure de nouvelles contraintes sans toujours proposer d’alternatives viables, notamment dans le remplacement des intrants chimiques par des biosolutions. Il s’agit là d’un cadre réglementaire rigide qui provoque des tensions palpables au sein du secteur. Pour sa part, Christophe Burtin pointe vers un paradoxe plus large : la quête d’une alimentation moins onéreuse en France, contrastant avec une hausse de la précarité alimentaire. Il met également en exergue le dilemme d’une agriculture française piégée dans un système libéral européen, où la prise de décision s’éloigne parfois des réalités nationales. Nicolas Martin évoque, lui, les contradictions intrinsèques à une politique agricole tiraillée entre souveraineté nationale et exigences européennes, notamment autour de débats comme celui sur le glyphosate.

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